Jenůfa au Theater an der Wien, point culminant et conclusion de l’ère Geyer – news

La représentation de Jenůfa (opéra de Janáček) le 28 février 2022, la dernière avant la fermeture du Theater an der Wien pour deux ans de travail (les représentations se poursuivront à l’Opéra de Chambre), marque la fin de 16 ans en tant que directeur artistique de Roland Geyer, avec aussi un hommage à l’Ukraine :

Dans sa nouvelle production de Jenůfa, Lotte de Beer collabore avec le dramaturge Peter te Nuyl pour montrer l’autre côté de ce monde sombre, lié par des règles sociales implicites qui déchirent les citadins. Les décors de Christof Hetzer représentent cette société fermée avec les fragments d’une maison aux murs brisés et sales. La plaque tournante expose les espaces dramatiques de chaque acte avec leur symbolique : les trous béants dans le mur qui assurent la transition entre l’open space et la chambre de Jenůfa, mais aussi les ombres qui hantent cette société et ses individus. Les costumes de Jorine van Beek rappellent les tenues paysannes et folkloriques d’autrefois (rappelant parfois une scène iconique du film d’horreur L’homme en osier). Les lumières d’Alex Brok renforcent la psyché des personnages à travers un jeu d’ombres, mais aussi la fantasmagorie de créatures étranges.

Svetlana Aksenova met en lumière la vulnérabilité de Jenůfa à travers son interprétation. Son ton velouté capte les passions cachées et étouffées de la fleur des champs dédiée aux trésors du village. Son lyrisme puise particulièrement dans le médium et les transitions vers l’aigu, avec une énergie qui se met au service de tout le spectre expressif (mis à part les passages à contretemps et descendants, dont la texture sombre et soyeuse oscille entre remords et renoncement est). .

Elle s’affirme aussi de manière convaincante face à l’imposant sacristain Kostelnička de Nina Stemme. Ses sentiments se manifestent dans la chaleur et l’éclat d’un timbre qui rappelle plus Isolde ou Brünnhilde qu’un humble sacristain. Le timbre caractéristique s’affirme avec puissance et expressivité dans tous les registres, particulièrement poignant lorsqu’il est soudainement mis en contraste avec la parole naturelle. Lorsqu’elle voit l’ombre de la mort et se retrouve déchirée entre la condamnation sociétale et la miséricorde divine, sa présence vocale et scénique dominante s’intensifie.

Pavel Cernoch n’est pas un Laca sentimental, mais ouvert et humain, qui représente l’existence blasée du travailleur sans détours. Son timbre, dense, distinctif et légèrement sombre, est cependant capable d’infuser les montées et les poussées vers le haut d’une résonance métallique. Les lignes restent également expressives et précises dans la confrontation avec Chor et Števa. Celui-ci, interprété par Pavol Breslik, adopte en revanche un ton fier et chaleureux, tout à fait approprié pour dépeindre le tempérament fougueux du chasseur vénéré par toute la communauté. Bien sûr, la confrontation entre les deux ténors (tchèque et slovaque) et personnages tire l’intensité des contrastes vers un ton plus sombre pour celui-ci, mais aussi quelques tendances à crier dans les aigus (mais les transitions et descentes rétablissent toujours l'”équilibre “). .

Dans les seconds rôles, Hanna Schwarz (Stařenka, la grand-mère) impressionne par son timbre dense et solennel, mais peut aussi surprendre par ses envolées foudroyantes. Valentina Petraeva (Karolka, la fille du maire) a un timbre riche et chantant qui complète bien Števas et contraste avec Jenůfas. Alexander Teliga (le maire) apprécie son timbre de fer et sa puissance vocale, avec le soin mélodique et mélodieux de Václava Krejčí Housková jouant sa femme. Quasi figurantes, Juliette Mars (Barena, Servant in the Mill), appréciée en dernier lieu dans le rôle de Madame Raquin à l’opéra de chambre, Natalia Kawalek (Pastuchyňa, Servant) et Anita Rosati (Jano), marquent néanmoins des points par leur engagement vocal et scénique. Stárek est interprété par Zoltán Nagy avec une présence et un timbre mesurés, appropriés et conventionnels.

Le Chœur Arnold Schönberg, dirigé par son chef et fondateur Erwin Ortner, s’appuie sur sa persuasion et son expressivité habituelles, tant dans le chant que dans l’engagement scénique (lui qui joue un rôle quasi central dans cette œuvre et sur scène). La direction musicale de Marc Albrecht privilégie la précision et la netteté des nuances. La coulée des cordes renforce les basses et les élans dramatiques, tandis que les résonances des cuivres sont méticuleusement exploitées dans tous les registres en fonction des ambiances scéniques. Les percussions intensifient la dynamique de cet ensemble et apportent les conclusions paroxystiques des différents épisodes.

Lors de la salve, un choriste agite un drapeau ukrainien, un message de solidarité accueilli avec beaucoup d’enthousiasme par les applaudissements du public.

© Vinda Sonate Miguna

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