Highbone Theatre, roman graphique hilarant et hallucinant de Joe Daly

Le nouvel album de Joe Daly, Highbone Theatre, raconte les pérégrinations d’Eric Palmer, un colosse hallucinant à longue barbe et peu sûr de lui qui se nourrit de betteraves et traîne avec des copains lourds. Graphique à la Crump et scénario délirant, ce bel et épais objet comique de 584 pages au format quasi carré (type brick) est un régal pour l’humour.

Dans ce nouvel album, Joe Daly, l’auteur sud-africain de The Red Monkey et de la série Dungeon Quest (The Association), raconte les aventures d’Eric Palmer, un géant au cœur tendre, sorte de gros bébé barbu avec un dé. d’un adolescent et d’un corps d’homme. Eric traîne avec Perry et Brewster, ses deux amis qui aiment pêcher des requins, boire de la bière et harceler les filles. Eric Palmer a 30 ans et vit toujours chez ses parents lorsque Perry lui propose d’emménager avec lui pour remplacer son colocataire qui vient de le virer sans préavis. “Allez mec… Tu as trente ans… “Tu vis toujours chez tes parents… Il est temps pour toi… Mmhm… Tu t’installes ici… Et tu vas être un mec cool tout de suite… Allez… Vive le colocataire !! !”.

Eric cède aux arguments (“Ça va être chanmé”) et débarque chez Perry trois jours plus tard avec tout ce bagage. Il découvre un appartement dans un état d’immondice avancé, “Je pense que je vais garder ma vaisselle dans ma chambre… Oui”, tranche-t-il (Eric est philosophe), avant de rouler un joint qui lui permet de vivre vu en couleur . Perry est un séducteur infatigable, peu subtil, qui ramène ses conquêtes bruyantes dans l’appartement… Alors Eric allume la musique, recroqueville son corps gigantesque nu sur un lit minuscule et plonge dans des rêves colorés où un gnome est dans le Red Cloak lui chuchote à l’oreille : “Avant l’ordre, il y aura plus de chaos… Et vous ne pourrez rien y faire.”
Plus tard, la vie d’Eric Palmer prend un nouveau tournant. Il s’éloigne de Perry et Brewster et se rapproche de Billy Boy, un camarade d’usine paranoïaque et délirant qui vit dans un garage reconverti avec sa mère. Eric abandonne la chasse aux requins, mange des navets, boit de l’huile de poisson au gingembre, joue du chubush (un instrument mongol), pompe… et regarde “Space Journ”, une série télévisée de science-fiction que Perry trouve loufoque mais c’est probablement parce qu’il la regarde au premier degré, contrairement à Eric (“J’aime décrypter toutes les références mythologiques… Toutes les insinuations… Il y a un côté shakespearien là-dedans… En fait, c’est un groupe de personnes fragiles qui Enfermé dans une boîte de conserve sublimée… L’univers… Comment ne pas aimer ?”) A côté de ça, Eric tombe aussi amoureux de Raquel, une belle brune bien bâtie…

Highbone Theatre est un roman graphique hilarant qui met en scène des êtres lâchés en marge d’une société très éloignée de leur vie. Joe Daly intègre tout du monde occidental contemporain, sa réalité et ses représentations, ses codes, ses symboles et ses chimères, ses super-héros et ses névroses.

L’histoire se déroule avec un humour froid, ponctuée de dialogues et de silences éloquents et de très beaux graphismes (pensez à Crumb ou aux affiches russes de l’époque soviétique) qui illustrent tour à tour des pages en noir et blanc et en couleur évoquant une vie de rêve, des cauchemars et des hallucinations, un monde parallèle ou des prophéties. un avenir tourmenté (au choix)… L’ensemble, très cohérent malgré les délires, en fait un album d’une grande profondeur. Joli bloc-notes, Highbone Theatre est un bel objet de 584 pages dans un petit format presque carré. Une joyeuse découverte !

Théâtre HighboneJoe Daly, traduit de l’anglais par Fanny Soubiran, lettrage par Céline Merrien (L’Association – 584 pages – 26 euros).

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