Chaillot invite le Nederlands Dans Theater, une virtuosité de la beauté

Chaillot invite le Nederlands Dans Theater, une virtuosité de la beauté

Jusqu’au 19 mai, la jeune troupe du Nederlands Dans Theater, le NDT2, est aux mains de quatre chorégraphes, Alexander Ekman, Marco Goecke et le duo Sol León et Paul Lightfoot, directeurs artistiques de la compagnie.

Ça a l’air classique sur le papier, c’est du ballet, mais sur scène c’est un refrain différent. Le NDT a des sections. NDT 1 et NDT 2. ” La première compagnie offre aux danseurs la possibilité de développer leur personnalité artistique. ” La seconde, et le programme de Chaillot le prouve, ” offre aux danseurs un lexique des différents langages de la danse “.

Le groupe très, très jeune (ils ont entre 17 et 23 ans) semble totalement branché sur l’air du temps. Techniquement ils ont toutes les bases de toutes les danses, et le triptyque des chorégraphies permet de montrer leur virtuosité et leur rapidité. Le programme, ok, c’est peut-être le seul bémol, du plus contemporain au plus classique.

De loin l’écriture d’Alexander Ekman, très ludique (on se souvient de son Jeu à l’Opéra de Paris) survole la soirée. A moins de 40 ans, le chorégraphe suédois a déjà un solide pedigree. Pour NDT 2, il offre AJUSTER, une véritable pièce sur mesure dans laquelle 18 danseurs évoluent sur une scène aux allures de cirque où le serviteur nous éclaire en un long arc de cercle. Une machine délivre de la fumée et un pas de deux est construit, ultra-courbé et collé. Dans un jeu d’exclusion et d’inclusion, un danseur joue contre tout le monde avec l’idée du tout. Tutu long pour tout le monde, blazer noir, Dr. Martens… il y a du style ici. La danse s’enflamme, elle explose en un amas de poses qui se rapprochent de la mode. C’est époustouflant à regarder et le mouvement est constant dans une grammaire qui mêle références à Pina et Jan Fabre.

La deuxième partie, conçue par Marco Goecke, se déroule sur une scène vide bientôt occupée par 11 danseurs. Puis la danse se saccade encore, elle tremble. Le chorégraphe aime jouer alternativement Placebo et Schubert On se dit des choses sombres une pièce qui incarne la rupture amoureuse. “A song to say goodbay” chante Brian Molko et sur set les bras sont lyriques et les têtes rejetées en arrière. Les appuis sont souvent bas, en grandes extensions. Mais cette suggestion est un peu trop littérale pour s’adresser à nous.

Enfin, paroxysme d’une indéniable beauté, Sol León et Paul Lightfoot, les directeurs artistiques de la compagnie, proposent de faire évoluer six danseurs Concerto pour violon et orchestre 1&2 de Bach, de Philip Glass dans Se déconnecter.

Alors ok, ce n’est pas une révolution chorégraphique, c’est plutôt une pièce qui revisite tous les grands gestes, notamment les portés majestueux. Les foulées fluides, les ouvertures des hanches, les plexus dépliés… donnent une teinte de pure beauté à ce va-et-vient sur le plateau, dénudé et couvert de jambes puis de grosses soieries.

A cette époque, la jeunesse des interprètes est étouffée par leur musicalité et leur profondeur d’exécution. La pièce agit comme un ressac, chaque geste en ouvrant un autre. Un solo aux pieds vissés atteint sa pleine hauteur en duo dans un cycle qui pourrait durer une éternité.

Une très belle soirée, qui prouve une fois de plus que le NDT est la compagnie la plus formée et la plus au goût du jour.

Visuels :

©Rahi Rezvani 2018

NOUS DISONS DARK_NDT © Rahi Rezvani

INSIGNE © Rahi Rezvani

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