Avec “Distance Over Time”, Dream Theater revient au métal de ses origines

Après avoir livré un album double concept massif avec The Astonishing en 2016, puis l’avoir défendu sur scène en le jouant en entier, Dream Theater est de retour dans les affaires avec le contraire. “Distance Over Time” est en effet l’un des disques les plus métal que le groupe américano-canadien ait jamais livré, et l’un des plus succincts : aucune chanson ne dépasse 10 minutes, ce qui est très inhabituel.

Le résultat, conservé dans des contenants pendant quelques jours, évoque encore un sacré retour aux sources et sent la joie de jouer. Il faut dire que pour une fois les musiciens se sont retrouvés tous réunis dans une grange isolée au fin fond de l’état de New York, où ils ont nonchalamment composé. Le résultat est un véritable catalogue de ce que Dream Theater peut faire, du riff puissant (“Untethered Angel”) au titre d’ouverture d’orgue à la Deep Purple (“Viper King”) en passant par la ballade (“Out of range”) ou le morceau très progressif de neuf minutes (« À bout de souffle »). Bref, de quoi plaire aux fans de toutes les époques… Le sympathique chanteur du groupe, James LaBrie, nous en a parlé.

Avant de parler du nouvel album, un mot sur le prédécesseur “The Astonishing”. de quoi te souviens-tu aujourd’hui

JAMES LABRIE. Je pense que c’est un disque phénoménal. C’est un opéra rock, très théâtral, dans lequel on a construit un orchestre et une chorale. C’était un travail colossal, du début à la réalisation, pas moins de trois ans de travail, pour deux heures de musique à la fin, ce qui est beaucoup par rapport aux normes d’aujourd’hui. Chanter et interpréter de manière convaincante les passages de sept personnages différents s’est avéré pour moi particulièrement enrichissant d’un point de vue artistique. En fin de compte, je suis très fier de The Astonishing. C’est quelque chose que nous devions faire et nous y étions investis à 100 %.

Je pense que votre guitariste John Petrucci a dit quelque chose du genre “ça a été une belle aventure mais on ne se fera plus prendre avant au moins dix ans” !

Je confirme. C’était très difficile, mais s’il y avait un groupe prêt à relever un tel défi, c’était bien le nôtre !

Alors, avez-vous fait exactement le chemin inverse pour ce nouvel album ?

Avant même de nous réunir, nous savions que nous voulions que cet album soit plus agressif, plus incisif et moins sophistiqué. Ses chansons sont beaucoup plus directes. Bien sûr il y a ce qu’on pourrait appeler des morceaux attendus avec un côté technique et progressif tout en restant lourd, comme “Pale Blue Dot” ou “S2N” ou “Fall into the Light”. Surtout, l’album est lourd, privilégiant le côté Metal mais aussi très mélodique.

Comment est née cette orientation ? A propos de vous tous perdus ensemble quelque part dans le pays ?

Nous savions que nous voulions un album très lourd bien avant de savoir où nous allions l’enregistrer. L’idée était de nous isoler de tout, de notre quotidien, de notre famille ou de nos amis. Heureusement, nous sommes tombés sur une grange rénovée avec de beaux meubles, un haut plafond et de grandes fenêtres. Parfait pour loger tous nos appareils. Loin de tout, nous avons pu nous immerger complètement dans notre musique et nous concentrer uniquement sur l’écriture et rien d’autre. Nous retrouver tous comme ça nous a rappelé les camps d’été !

Ce processus créatif a-t-il changé les idées que vous pouviez avoir avant de vous trouver ?

Nous n’avions que deux idées avant d’arriver au studio. Le premier à sortir d’un soundcheck fut “Viper King”. L’autre a servi de cadre pour “Pale blue dot”. Tout le reste a été fait sur place.

Un peu comme les grands maîtres d’autrefois qui se sont retrouvés bredouilles dans des studios au milieu de nulle part, comme Led Zeppelin ou Black Sabbath ?

Exactement, et regardez les albums mythiques qui l’ont été ! Deep Purple a fait ça aussi, oui aussi. Pink Floyd idem. Il y a beaucoup à dire pour se réunir. Aujourd’hui, c’est tellement facile de faire le contraire et je m’inclus, par exemple quand je fais mes disques en solo. Je peux être au Canada et le gars avec qui je compose est en Californie, le guitariste est en Italie et le batteur est en Suède. Le résultat final, grâce à la technologie, donne l’impression que nous étions ensemble. Mais ce n’est pas la même chose que les mecs qui étaient dans la même pièce, il n’y a pas la même énergie, la même spontanéité.

Il faut beaucoup de confiance pour arriver comme ça les mains dans les poches…

Nous travaillons ensemble depuis si longtemps que nous pouvons rapidement voir si quelque chose fonctionne ou non. On tente quelque chose, on lui donne une chance, mais avec notre expérience on voit vite si ça vaut le coup et on prend vite la décision : continuer ou pas. C’est un processus décisionnel assez rapide.

Puisque vous semblez si heureux de votre nouvelle façon de travailler ensemble, allez-vous recommencer à l’avenir ?

On en a déjà parlé ! Ça s’est si bien passé, cette camaraderie, cette énergie, les bonnes ondes et le fun… parce qu’on s’est vraiment amusé ! Nous avons commencé à midi et fini vers minuit. De si longues journées, mais nous ne les avons pas vues passer. Trois semaines plus tard, nous avions terminé la majeure partie de l’écriture. Bien sûr, les mélodies vocales, les paroles… Et les parties instrumentales devaient être enregistrées. La première idée était de les faire dans un autre studio. Mais nous avons tellement aimé l’endroit que nous nous sommes demandé à quoi ça servait d’aller ailleurs. Pourquoi ne pas finir sur place ?

“Distance Over Time” a été rapide à faire, mais c’est aussi le deuxième album studio le plus court de votre carrière…

Dream Theater au Palais des Congrès de Paris, janvier 2016./Dom Gilbert
Dream Theater au Palais des Congrès de Paris, janvier 2016./Dom Gilbert Mark Maryanovich

Il est nettement plus lourd que son prédécesseur. C’était vraiment la volonté du groupe. Et ce désir incluait également l’idée de rendre les chansons beaucoup plus directes. C’est très facile d’entrer dans un délire de six minutes à un certain moment dans une chanson, on sait comment faire. Et parfois nous avons été tentés. Mais il y avait toujours quelqu’un qui disait non, soyons directs. On voulait offrir un album d’une heure maximum et si c’était moins, tant mieux !

Parlez-nous de votre reprise de “Xanadu”, de Rush…

C’est Rush qui nous a demandé si nous serions intéressés à fournir une version de “Xanadu” pour l’édition spéciale 40e anniversaire de leur album “A Farewell To Kings”. Ils ont vraiment apprécié notre réinterprétation et nous ont remerciés. En grandissant, j’écoutais beaucoup de Rush, j’étais un grand fan – je suis Canadien tu sais. Je me souviens être rentré de l’école et avoir écouté A Farewell To Kings ou Fly By Night ou Hemispheres, Signals, Moving Pictures, 2012… Et tous les garçons du groupe sont comme moi.

Est-il vrai que Dream Theater fêtera les 20 ans de l’album Metropolis Pt 2 : Scenes From A Memory dans son intégralité lors de la prochaine tournée ?

Oui. Peut-être pas pendant les festivals d’été (ndlr : le groupe passera par le Hellfest le 21 juin), mais définitivement quand on sera en tête d’affiche. On va proposer un nouveau design, de nouveaux visuels, ça va être cool ! Les concerts sont divisés en deux parties : premières chansons du nouvel album et des classiques, puis “Scenes From A Memory”.

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